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Le texte

Aube

J’ai embrassé l’aube d’été.

Rien ne bougeait encore au front des palais. L’eau était morte. Les camps d’ombres ne quittaient pas la route du bois. J’ai marché, réveillant les haleines vives et tièdes, et les pierreries regardèrent, et les ailes se levèrent sans bruit.

La première entreprise fut, dans le sentier déjà empli de frais et blêmes éclats, une fleur qui me dit son nom.

Je ris au wasserfall qui s’échevela à travers les sapins : à la cime argentée je reconnus la déesse.

Alors je levai un à un les voiles. Dans l’allée, en agitant les bras. Par la plaine, où je l’ai dénoncée au coq. À la grand’ville, elle fuyait parmi les clochers et les dômes, et, courant comme un mendiant sur les quais de marbre, je la chassais.

En haut de la route, près d’un bois de lauriers, je l’ai entourée avec ses voiles amassés, et j’ai senti un peu son immense corps. L’aube et l’enfant tombèrent au bas du bois.

Au réveil, il était midi.

Arthur Rimbaud, Les Illuminations

Les illustrations

Aube de Arthur Rimbaud dans Les Illuminations - Peinture de Vincent van Gogh - Coucher de soleil sur un champ de blé - 1888
Aube de Arthur Rimbaud dans Les Illuminations - Peinture de Vincent van Gogh - Coucher de soleil sur un champ de blé - 1888
Arthur Rimbaud - Photo-carte de visite par Étienne Carjat - Reproduction vers 1912 - 1872
Arthur Rimbaud - Photo-carte de visite par Étienne Carjat - Reproduction vers 1912 - 1872

Le pdf

Le pdf du poème Aube de Arthur Rimbaud et du recueil Les Illuminations seront bientôt disponible.

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